En retard, la RDC vient de s’allier aux Nations soucieuses du bien-être physique de leurs populations, en interdisant, par un arrêté signé en date du 27 juin 2006 la fabrication, l’importation, la distribution ou la vente en gros et au détail et l’utilisation des produits cosmétiques contenant de l’hydroquinone en République démocratique du Congo. C’est au tour de la Fédération des entreprises du Congo, qui a reçu copie de cet arrêté depuis le 21 juillet 2006, et aussi de l’Office congolais de contrôle de faire preuve de leur volonté de veiller à la santé de la population congolaise.
L’utilisation de pommades ou de crèmes contenant de l’hydroquinone rencontre un certain succès auprès de personnes au teint foncé désirant s’éclaircir la peau. Or, ces applications répétées font courir un risque certain aux utilisateurs. L’hydroquinone est un produit dangereux dont les effets vont parfois à l’encontre du but recherché.
Pigmentation inégale de la peau avec des parties complètement décolorées ou au contraire d’aspect plus sombre, dermatites irritantes, sensations de brûlures ou de piqûres : les conséquences d’un traitement prolongé à l’hydroquinone peuvent être dramatiques et irréversibles. Une utilisation prolongée de ceux-ci peut conduire à de graves problèmes de santé et à des lésions irréversibles de l’épiderme.
C’est fort de ses conséquences sur la santé publique que le ministère de la Santé vient de décider par un arrêté signé le 27 juin 2006 par le ministre Emile Bongeli Yeikelo « l’interdiction de la fabrication, de l’importation, de la distribution ou de la vente en gros et au détail et de l’utilisation des produits cosmétiques contenant de l’hydroquinone sous toutes les formes, notamment, des crèmes, des laits, des lotions, des onguents, des pommades et savons, sur toute l’étendue de la République démocratique du Congo ».
Dans son arrêté, le ministre Emile Bongeli motive cette décision par la volonté de « préserver la santé et la beauté de la jeunesse congolaise en particulier et du peuple congolais en général », du fait que l’usage prolongé et répété de l’hydroquinone, substance qui entre dans la fabrication de plusieurs produits éclaircissants commercialisés en RDC, détruit le système mélanocytaire, responsable de la pigmentation de la couleur de la peau, dont le pigment joue le rôle de filtre solaire et protège par conséquent la peau contre les méfaits des rayons solaires.
FEC : appel au bon sens
L’arrêté du ministre de la Santé va certainement bousculer certains intérêts parfois divergents au sein du patronat congolais, représenté essentiellement par la Fédération des entreprises du Congo. Un bras de fer est donc en vue entre d’un côté les ministères de la Santé et de l’Industrie qui ont été chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’application de cet arrêté, et de l’autre, la FEC qui a été appelée aux termes de cet arrêté à en « faire large diffusion » auprès de ses membres respectifs afin d’offrir des produits cosmétiques sans réel danger sur la peau.
Si l’arrêté du ministre de la Santé a prévu l’institution d’un contrôle permanent au sein de la direction de la pharmacie et des médicaments du ministère de la Santé pour « saisir et détruire tous les produits cosmétiques contenant de l’hydroquinone dans tous les établissements de fabrication, des établissements de vente en gros et au détail desdits produits commercialisés en RDC », il ne reste pas moins que l’exécution de cette mesure – d’ailleurs salvatrice pour la population congolaise en détresse – dépendra de la volonté de toutes les parties en présence, en premier les membres impliqués de la FEC et l’Office congolais de contrôle (OCC).
Car, en prenant cette mesure, le gouvernement de transition vient de faire preuve de son souci de protéger réellement la santé de la population congolaise qui est exposée à toutes sortes de danger du fait du désordre qui a élu domicile au sein des services de contrôle de qualité de l’Etat, notamment l’OCC. C’est donc à la FEC tout comme à l’OCC que revient en premier la tâche de suivre cet arrêté du ministre de la Santé de tous ses effets, en bannissant des circuits commerciaux congolais tous produits cosmétiques contenant de l’hydroquinone. Ailleurs, cette mesure est d’application depuis bien longtemps. Et, en s’alignant sur ce qui se fait déjà sous d’autres cieux, le gouvernement de transition doit avoir le courage de s’imposer en privilégiant avant tout l’intérêt collectif et non les intérêts égoïstes de certains opérateurs économiques véreux.
Pour se convaincre du danger de l’hydroquinone sur la santé publique - produit qui entre aussi dans la composition de révélateurs photographiques - l’Union européenne, qui tolérait une concentration maximale de 2 %, l’a interdite depuis février 2001 en raison des effets néfastes et durables sur la peau établis par un comité scientifique.
L’heure est donc venue, pense-t-on, pour la RDC de remettre de l’ordre dans le circuit commercial interne en faisant valoir la législation commerciale et économique qui oblige les opérateurs économiques à mettre en vente un produit sain et propre à la consommation. L’arrêté du ministre de la Santé a l’avantage de résoudre un vieux problème qui a longtemps exposé la population congolaise à un danger permanent. C’est au tour de l’intérêt collectif de triompher là où se retrouvent de grands enjeux commerciaux. Les ministères de la Santé, de l’Industrie et Petites et moyennes entreprises, OCC et la FEC ont, chacun dans la sphère de sa compétence, la responsabilité de garantir l’entière exécution de cet arrêté du 27 juin 2006.
Date : 26 juillet 2006
Source : © Le Potentiel, Faustin Kuediasala
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