L’Histoire en marche
Le décret du Premier ministre de la RDC n° 9/44 du 3 décembre 2009, vient dénouer une vieille controverse embrouillée, des inquiétudes presque désespérées, des suspicions à relent de meurtre… Quel nœud gordien vient donc de trancher le gouvernement ?
Genèse
L’on sait que les « Indépendances » n’ont pas fécondé en bien les rapports avec les anciennes métropoles colonisatrices ; que plusieurs mesures « souveraines » en matière économique, telles des nationalisations, ont embrasé des agressions transfrontalières, des conflits interethniques, de sanglants coups d’Etat ; en tout cas, la paupérisation sidérante des PPTE dits également PVD ou « SUD », jeunes pré-Nations, (non-) Etats informes : floraison de désignations dans la typologie géo-politique.
La RDC en particulier, naguère Zaïre, s’est illustrée par son contentieux belgo-congolais, pour avoir en quelque sorte subtilisé l’Union Minière du Haut-Katanga avec des sociétés dites à charte, autant de tentacules de la Société Générale.
Comme ragaillardi par sa sulfureuse réputation mondiale d’empêcheur d’exploiter le Tiers-Monde en rond, Kinshasa s’offrit entre 1973 et 75 la « zaïrianisation » suivie d’une désastreuse « radicalisation ». Cela consistait à rétribuer une clientèle d’autochtones bien spécifiques, par la gestion d’entreprises historiquement propriétés d’Etrangers.
Atavisme ? Cette réputation persiste avec la saga des contrats chinois, aujourd’hui, et la problématique revisitation des contrats miniers et forestiers…
En 1992 et 93, déferlèrent des pillages insurrectionnels populaires, qui accentuèrent l’agonie de l’économie nationale. Par la suite, d’ajustement structurel en plan quinquennal, de dévaluations monétaires en codes des investissements, la RDC se débat dans les turbulences de la crise économique et financière planétaire, générée par les « subprimes » aux USA.
Au cours des années fastes de la politique de fierté nationaliste, naquit l’OZAC rebaptisé OCC, sur les cendres de la Société Congolaise de Surveillance, branche de la SGS basée en Suisse.
De 1949 à ce jour, l’OCC est passé de l’inspection de gré à gré des marchandises importées et exportées à un large spectre d’activités de contrôle.
Par ses statuts de 1974, l’Office était revêtu par l’Etat du monopole de contrôle sur le prix, la qualité et la conformité des biens entrant au Congo ou le quittant vers les marchés extérieurs. L’industrie locale, le constat d’avaries, l’inspection technique des engins de levage, chaudières, pompes à carburant dans les stations-service et lieux de travail, se sont ajoutés progressivement aux prestations.
Le Département des laboratoires d’analyse aussi bien la bière, les crèmes cosmétiques que le ciment et les hydrocarbures.
Le paradis perdu
Assez fatalement, de nombreuses entreprises du Portefeuille de l’Etat périclitèrent, allumant une disputation scholastique : privatisation libéraliste remède au dirigisme de l’Etat ; exposer les canards boiteux à la concurrence ou les supprimer sans remords.
Concernant l’OCC, sa restitution à la SGS ou bien son absorption par l’Administration des Douanes, donnèrent lieu à des polémiques acerbes, à des lamentations pathétiques, à l’exécration de Bretton Woods et des hommes d’affaires du Congo. Incurie ou ingratitude du Gouvernement : car, pendant que l’OCC découvrait des tonnes de produits impropres à la consommation, on l’excluait des frontières ; on laminait le tarif de ses prestations.
Le nouveau paysage
La restructuration du Portefeuille prend sens en ce moment, parce que inscrite dans la refondation intégrale de l’Etat. Celle-ci est conçue sous les espèces des « Cinq chantiers de la République » pilotés par le Président Joseph Kabila.
D’autre part, on peut observer que la crise financière de ce début du 21è siècle, a clarifié le séculaire antagonisme entre Etat-Providence et néo-libéraux Thatchériens, Reaganiens et Bushistes. Or, sans le sauvetage gigantesque des Banques et des firmes automobiles aux Etats-Unis et dans l’UE, dans quel marasme, pire qu’en 1929, le monde végéterait-il à ce jour ?
C’est pourquoi, il est légitime de croire que le Décret du 3 décembre a judicieusement préconisé l’option optimale : conserver sous la garantie de l’Etat un service public stratégique, néanmoins astreint à une méthodologie de gestion aussi efficiente qu’en est l’usage dans les affaires des Privés. Swissair, Sabena, Parmalat, AIG, Chrysler, etc., seraient des contre exemples hors paradigme !
L’appel des sommets
Aux termes de ce décret du 3 décembre 2009, l’OCC reformé doit exceller comme foyer « Scientifique et Technique », dans l’accomplissement de sa mission.
Elle consiste à protéger le consommateur, en inspectant et en certifiant la conformité et la qualité des biens et du cadre de vie.
A l’aide des normes admises par le marché globalisé, l’expertise croissante de l’OCC devra :
1) Assainir la fabrication et les produits finis commerçables de l’industrie nationale ;
2) Contrôler tous appareils et travaux.
Cette consécration sans plus d’équivoque de son rôle de tierce-partie, arbitre neutre quant à juger de la qualité indispensable des téléphones, véhicules, chaussées, bâtiments, tombe à point nommé, puisque la RDC vit dans l’effervescence de nouvelles infrastructures.
3) Etalonner tous les instruments de mesure
A cet égard, signalons anecdotiquement que l’inventivité congolaise a peu ou prou décliné le Système Métrique International en mesures aussi approximatives que le « sakombi », l’ « ekolo », le « libanga » pour la vente au petit détail de la farine, des arachides, du riz. La viande, le poisson, la pomme de terre, le piment, etc., ne se débitent pas sur la foi d’une balance (déglinguée), mais par « mupiku » : c’est-à-dire un tas de portions unilatéralement défini par le marchand, afin de rencontrer quelque bourse que ce soit.
De même pour les boulangers : le poids de leur pain, à l’instar de celui de la chikwangue, est aléatoire.
Lorsque sonne midi sur telle radio, une autre station lancera son bulletin de la mi-journée trois minutes plus tard, affirmant qu’ « il est 12 heures justes… passées de quelques poussières de secondes » ! De là, les protestations autour des horloges-pointeuses au portail des entreprises.
Les usagers des mobiles cellulaires ignorent ce que les divers opérateurs appellent « unité » prépayée : chez l’un 1 unité vaut 1 dollar ; chez l’autre il en faut 12 ; ailleurs 100 pour le même prix. Le pétrole domestique s’achète par boîte de tomate et bouteille de coca-cola ; les compteurs d’eau et d’électricité, généralement délabrés, engendrent des factures qualifiées de forfaitaires quoique plus salées d’un mois à l’autre.
4) L’OCC est confirmé Commissaire d’avaries donc incontournable partenaire du grouillant marché des assurances.
5) Les personnels dans divers métiers sont confiés à l’OCC pour la certification de leur qualification : soudeurs, maçons. Rien n’empêche, en fait, l’OCC de ratisser large dans ce créneau : mécaniciens, pompiers, grutiers, briquetiers, déclarants en douane indépendants, laborantins de tous les dispensaires informels essaimés dans les quartiers urbains et villages, voire bouchers dans les abattoirs, en rapport avec la microbiologie.
6) La certification des systèmes relève explicitement dans ce décret, de la compétence de l’OCC.
Le temps de l’action
M. Albert Kasongo Mukonzo porte désormais le titre de Directeur-Général, ci-devant Administrateur-Délégué-Général.
Membre d’un Conseil d’Administration réduit à 5 membres, il porte la lourde charge de conduire cet Office Congolais de Contrôle « newlook » vers les sommets où trônent : la FDA/USA (Food and Drugs Administration) ; le KBS du Kenya, le SABS (Board of Standards/RSA) ou d’autres Organismes européens de veille de sécurité sanitaire, soit pour les aliments, soit pour les médicaments, soit pour l’environnement (bruits, radioactivité, amiante, etc.) et les épidémies.
A son avènement à l’OCC, M. Kasongo a trouvé un héritage en friche. En effet, certains de ses prédécesseurs avaient initié, l’un le projet « OCC-21è siècle » lors des Assises au Centre Nganda en 2000. Un autre avait engagé l’Office sur le sentier tortueux, visqueux, de l’accréditation internationale.
Le temps était mûr pour l’entrée en scène de M. Kasongo. Rompu aux métiers de la douane, il est bien placé, au sein de l’OCC cet autre auxiliaire de Commerce extérieur, pour réaliser une synthèse ascensionnelle et innovatrice.
Désormais, il peut promouvoir sa vision managériale avec le même dynamisme que le patron de Renault, que le redresseur de Nissan ou de Fortis-BNPPARIBAS.
C’est pourquoi, il va amplifier toutes les implications de sa politique-qualité en cours de mise en œuvre.
L’Etablissement public OCC doit urgemment répondre aux prescrits du Décret relatifs à ses activités d’analyses et essais. Par conséquent, il est impérieux qu’un laboratoire performant (une référence pour l’Afrique sub-saharienne, par exemple) voie le jour, avec des antennes vigoureuses dans chaque province, sinon à chaque frontière d’import/export.
Le Directeur-Général devra faire décerner l’accréditation internationale à l’OCC, en tant que Organisme de certification de la conformité.
Déjà l’OCC est associé à ISO, aux institutions normatives de la SADC, de l’ORAN et du COMESA. A lui de créer le label de qualité OCC. Nos PME en ont besoin : cosmétiques, confiseries, eau potable en sachets, liqueurs et pharmacopées à base des ingrédients locaux.
L’imagination audacieuse au pouvoir !
Albert Kasongo la mettra au service de champs d’ « exploitation plus diversifiés que les ¾ des ressources de l’Office générées par les prestations liées aux importations, cela embrasse : la participation aux certificats de navigabilité (trop de crash d’aéronefs, de bateaux engloutis) ; l’éradication des émissions polluantes dans les usines, les lieux publics ; la nocivité des relais téléphoniques implantés sur les préaux scolaires et dans les cours des résidences privées.
Pourquoi importer au détriment de nos précieuses réserves en devises, des biens dont l’alternative serait disponible au pays, dans la sous-région ou sur quelque Marché onéreux de l’axe Sud-Sud ?
De la sorte, l’OCC assumerait le rôle crucial d’un Centre du commerce extérieur… assez rémunérateur.
Le décret laisse latitude au DG Kasongo de trouver des partenaires financiers et technologiques aux fins de renforcer les capacités du personnel et de l’outil de production. Parmi ces partenaires, osera-t-il inclure les employés de l’Office, grâce à la politique très motivante de participation au capital et aux bénéfices : « l’intéressement » expérimenté sous d’autres cieux.
En vue de maximiser ses revenus, l’OCC pourrait-il obtenir que le Parlement de la RDC avalise une redevance générale, en raison de son utilité publique ?
Après tout, la radio d’Etat – que tout le monde n’écoute ni en continu, ni en exclusivité – prétend à la redevance, pourquoi pas l’OCC à l’instar de certains services des ministères de la Culture et du Tourisme, entre autres ?
Enfin, les consommateurs. E sont eux la substance même et la raison d’être de l’Etat. Comment le DG Kasongo les impliquera-t-il dans l’épanouissement de l’OCC ?
Les actions en direction des clients-opérateurs économiques sont assez faciles : Centre de diffusion des normes (CEDIN), colloques, dîners-débat, site internet…
Mais, outre les spots publicitaires, le consommateur lambda, l’écolier, pourraient disposer de petites publications de vulgarisation aussi bien en langues vernaculaires, qui les familiariseraient aux pratiques et exigences de qualité, tant pour les denrées alimentaires, les médicaments que leur cadre de vie.
Albert Kasongo, est selon une expression congolaise, assez « vertébré » que pour rectifier la piteuse image de l’entreprise du Congo. Les stratégies déjà amorcées, augurent que le concept de service public sera de nouveau validé par les instances multilatérales et les clients évoluant en RDC.
C’est maintenant ou jamais, car la fenêtre d’opportunités pourrait ne pas se renouveler avant longtemps : un climat épistémologique nouveau sur le plan international ; un Président Kabila en fervent croisé d’un Congo plus beau qu’avant, un cadre juridique propice à la compétitivité gagnante ; un personnel imprégné de la culture de qualité ; un manager pétillant de projets et d’affabilité, de rigueur généreuse ; un peuple assoiffé de services publics fiables : quelle fantastique conjonction de facteurs propices à une page d’Histoire radieuse ?
Yes, we can !
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